











L'aspect sauvage de cette solitude persiste encore de nos jours et l'on comprend que le lieu ait séduit des hommes voulant se consacrer au silence et à la prière. On comprend moins, et seul le voisinage de la rivière peut l'expliquer, que ce coin ait été très peuplé aux époques préhistoriques. C'est en effet à peu de distance de Roga, sur la crête de grès armoricain qui se trouve au nord, que nous avons découvert un important atelier de grès taillés que nous avons attribué à un horizon industriel du Néolithique inférieur.
Les époques suivantes y ont également laissé de nombreux vestiges : les haches en pierre polie n'y sont pas rares : nous en possédons une, en diabase, provenant de Roga même et plusieurs autres trouvées aux alentours, ainsi que deux haches plates en bronze. De nombreuses communications insérées dans les Bulletins de la Société Polymathique attestent l'importance de l'occupation dans toute cette région (Saint-Congard, Pleucadeuc, Ruffiac, etc.) pendant les époques gauloise et gallo-romaine
Une des plus anciennes chartes du Cartulaire de Redon, vers l'an 820, nous apprend « qu'un homme du nom de Worwelet vint demander à Jarnhitin, machtiern de Pleucadeuc, un lieu où faire pénitence de ses péchés, et Jarnhitin lui en donna un appelé Rosgal (4), autrement dit Botgarth : ensuite mourut Worwelet. Après sa mort, son fils Worwolet se rendit à Lis-Bedu près du susdit tiers Larnithin auquel il apporta d'excellent vin et qui avait alors pour agents (mediatores) le prêtre Doitanau, son chapelain, et Howori, maire de Pleucadeuc .
Et dans cette villa de Lis-Bedu, Iarnhitin, en qualité de prince héréditaire, donna le lieu susdit à Worworet en perpétuelle aumône, avec permission de couper, arracher et défricher tout autour autant qu'il pourrait de bois et de forêt, comme un ermite au désert qui n'a que Dieu pour maitre. Les témoins sont le tiers Jarnhitin qui a fait cette donation, Eusurgit prêtre. Rihowen prêtre, Doitanau prêtre, etc. .
Worworet disparaissant à son tour, sans héritier, en 834, Portitoé, le fils de Jarnhitin, afin de maintenir en activité cet atelier de défrichement, offrit aux moines de Redon d'en prendre possession. Le présent n'était pas considérable : il y avait un rustique oratoire qu'on appelle ici encore basilica et un modeste logis, mansiuncula. Trouvant le poste bien placé pour étendre dans le pays les conquêtes de la civilisation agricole et chrétienne, les disciples de Conwoion l'acceptèrent.
Ils étaient même déjà installés dans cette maisonnette devant la façade de leur église, le 28 novembre 834, lorsque Portitoé vint les visiter pour leur donner de nouveaux territoires et les inciter, comme Worworet, à défricher de la forêt tant qu'ils pourraient . La petite communauté est encore mentionnée dans une charte à la fin du XI siècle qui énumère les quotas des villas situées dans le comté de Vannes appartenant en propre à Saint-Sauveur de Redon .
La Ploicaduc Rosgal cum decima Funton Maen (Fontem) in telonco comitis. Roga est encore sur le territoire de Pleucadeuc et nous avons la preuve que la paroisse de Saint-Congard ne fut démembrée de Pleucadeuc que postérieurement au XI siècle. Pendant plusieurs siècles, la nouvelle fondation qui avait pris le même vocable que l’abbaye-mère : Saint-Sauveur n’a pas d'histoire. Les moines durent sans doute agrandir l'habitation destinée à les loger et remplacer par une chapelle le modeste oratoire de l'ermite.
Au XV siècle ou au XVI siècle, grâce aux libéralités du comte de Rieux, une belle église est construite. Il ne faudrait pas en conclure que le monastère fut très florissant. La suite d'ailleurs prouvera le contraire. La Borderie, qui n'est sans doute jamais allé sur place, parle bien de ces bons moines de Roga, dignes héritiers des grands débrousseurs du VI siècle, auxquels cette terre doit sa mise en culture.
La vérité est que ces pentes abruptes, que le roc perce de toutes parts, n'étaient défrichables qu'en des points très limités. Et nous pouvons croire que, sans abandonner totalement la culture de la terre, les moines portèrent cependant leur activité dans un autre domaine.
Au Ras-Coëtleu, à un kilomètre au sud de Roga, existe un flot de tertiaire dont les poudingues ferrugineux ont été longtemps exploités. De là sont sortis tous les matériaux de construction de l’église romane de Malestroit, bas-côté de l'église actuelle, et aussi le moellon de la chapelle édifiée à Roga quelques siècles plus tard .
Au fond des excavations, nous avons retrouvé trois grosses masses cylindriques, prêtes à être enlevées, de 1 m 50 de diamètre et 0 m 30 d'épaisseur : sur les trois, deux étaient percées en leur centre d'un trou cylindrique de 0 m 15 de diamètre.
Une quatrième pierre, rectangulaire, de 1 m environ de longueur pouvait être prise pour une auge inachevée. En 1912, lors de la reconstruction des écuries de l'Aigle d'Or à Malestroit, on trouva dans les fondations deux autres pierres cylindriques. Plusieurs fois dans les villages de la région, notamment au Linio en Pleucadeuc, nous avons recueilli des fragments de vases, des ustensiles en forme de mortier, toujours en poudingue ferrugineux.
La tradition attribue aux religieux toute cette fabrication. Si la tradition dit vrai, l'ouverture des carrières serait due aux moines de Redon puisqu'elle est antérieure au XII siècle
En tout cas cette exploitation, pas plus que les travaux de culture, ne durent enrichir la communauté. Nous avons dit que si, au XV ou au XVI siècle, une belle église fut construite à Roga, ce fut grâce aux libéralités du comte de Rieux, Un siècle plus tard, le prieuré est abandonné et le comte de Rieux, pour assurer la continuité de l'office dans la chapelle de Saint-Sauveur, doit faire appel à des religieux d'un autre ordre.
Il s'adressa aux Camaldules qui, à cette époque, possédaient cinq maisons en France. La première avait été fondée en 1633 et à Roga en 1672, devait être la sixième et dernière.
Par acte notarié du 28 mars 1672, passé à Paris quai Malaquais, en l'hôtel Guénégaud, messire Henri de Guénégaud, marquis de Plancy, comte de Rieux, seigneur du Plessis, etc., et dame Elisabeth de Choiseul-Praslin, comtesse de Rieux, son épouse, donnent aux vénérables Pères ermites de Saint-Romuald dits Camaldules la chapelle ou église de Saint-Sauveur de Roga bâtie par les précédents seigneurs de Rieux proche de la rivière d'Aoust et située dans la paroisse de Saint-Congard, sous leur seigneurie de Rieux à Peillac, avec son circuit et les bâtiments y inclus, et cent journaux de terres incultes à prendre sur la montagne voisine, en allant vers la chapelle des Evangélistes (près Malestroit) et d'autres encore, à la charge par les moines de célébrer le service divin tant de nuit que de jour dans la dite église de Saint-Sauveur suivant l'usage et coutume qui se pratique dans leur ordre et de se soutenir dans leurs prières, tant desdits sieur et dame du Plessis-Guénégaud, pendant leur vie et après leur décès, que de tous leurs descendants et ayants cause et possesseurs du Comté de Rieux, à la condition en outre que les religieux ne pourraient acquérir, à l'avenir, aucun bien situé dans la mouvance directe dudit comté de Rieux, qu'en cas de relâchement dans la discipline de la maison, les seigneurs de Rieux pourraient s'entendre avec l'Evêque de Vannes afin de la rétablir, qu'enfin le donateur aurait la faculté de faire bâtir une cellule à ses frais, pour lui et ses successeurs, à l'endroit qu'il lui plairait de choisir dans les dépendances du couvent et quand bon lui semblerait, pour y passer quelque temps dans la solitude et dans la prière .
Le but de cette donation était, dit l'acte, d'empêcher la cessation du culte dans la chapelle de Saint-Sauveur de Roga, fondée par les précédents seigneurs de Rieux, ce qui semble établir que la chapelle et les constructions voisines venaient d'être délaissées.
La donation est acceptée dans l'acte même par le Révérend Père Benoist de Véras, Mayeur, c'est-à-dire Supérieur général de la congrégation des Camaldules de France.

Avant de s'établir à Roga, les Camaldules demandèrent et obtinrent, le 7 mai 1672, le consentement autographe de Mgr Louis de Vautorte, évêque de Vannes, auquel ils avaient exposé que le comte de Rieux leur avait accordé « une solitude dans laquelle il y a une fort belle église pour y célébrer la messe.
Le 7 novembre 1673, messire Julien Tastard, curé de Saint-Congard, envoyait son adhésion, s'étant bien informé qu'un si dévot établissement peut beaucoup contribuer à la gloire de Dieu par l'exemple de la sainte vie de ces bons religieux.
En avril 1674, le roi Louis XIV signait les lettres patentes de confirmation.
Entretemps les religieux avaient demandé au comte de Rieux quelques modifications aux clauses et conditions de la donation : ils voulaient être relevés de l'obligation de consacrer toutes leurs prières aux donateurs et à leur descendance et dénonçaient, comme contraire aux dispositions du concile de Trente, le droit que se réservait le comte de Rieux d'intervenir, d'accord avec l'évêque de Vannes, pour réformer les abus qui pourraient se produire dans le monastère.
Le comte de Rieux leur répondit le 30 avril 1674 : « Nous déclarons à l'égard de la première clause que nous entendons par là être associés au mérite de toutes les prières desdits religieux pour y avoir telle part qui doit appartenir aux fondateurs, et qu'en particulier ils seront obligés de faire, à certaine heure du jour et de leur office, commémoration desdits seigneurs fondateurs dans leurs prières, et à l'égard de la seconde clause, si jamais elle avait lieu, ce qu'à Dieu ne plaise, que nous n'entendions la faire exécuter que conformément aux dispositions du concile de Trente.
Le 26 mai 1674, enfin les Camaldules prenaient effectivement possession de Roga, sans attendre l'enregistrement des lettres patentes du roi que le Parlement de Bretagne devait enregistrer le 8 août suivant.
Ils durent commencer par construire leurs cellules et aménager les jardinets y attenant, car la pose de la première pierre de la clôture n'eut lieu que quatre ans après leur prise de possession, le 19 août 1678.
A peine entrés en jouissance des biens concédés par le seigneur de Rieux, les Camaldules, par contrats d'acquêts ou d'échange, augmentèrent rapidement leurs propriétés dans les fiefs de la Provotaye, de la Morinaie, de Quintin et de Beaumont. Aussi étaient-ils en butte à la jalousie de leurs voisins et fréquemment inquiétés dans Leurs possessions comprenaient principalement celles des landes que leur avait données messire Henri de Guénégaud. L'acte de fondation portait que ces terres seraient prochainement mesurées et délimitées ; mais cette opération n'avait pas eu lieu et ce ne fut qu'en 1732 que les religieux obtinrent un débornement du comte de Rieux, messire Charles Huchet de La Bédoyère.
Parmi les acquisitions faites par les Camaldules, l'une des plus importantes était celle de la métairie de la Gléhenaye et dépendances que leur avait vendue Jean Georget, sieur de la Bouverie, aussi avaient-ils quelque peine à en acquitter le prix. En 1685, Judith Guillermot, dame de Beslée, pour les aider à se libérer d'une partie de leur dette, leur fit don, moyennant messes et prières, d'une somme de 1 100 livres, à la condition que, s'ils quittaient Roga, ladite fondation serait transportée avec les mêmes charges aux Augustins de Malestroit.
Cette dernière clause faillit avoir bientôt son effet. Un édit royal avait taxé à un chiffre considérable le droit d'amortissement de la métairie de la Gléhénaye. Le P.-Augustin, prieur des Camaldules de Roga, après avoir résisté quelque temps, se voyant contraint d'obéir à cet édit, imagina pour s'y soustraire d'abandonner au couvent des Augustins une partie des biens de ladite métairie jusqu'à concurrence de 1 100 livres, valeur de la fondation de la dame de Beslée. Il alla plus loin : sous prétexte que les Camaldules ne pouvaient plus subsister au couvent, il le fit fermer et le vendit pour 700 livres avec plusieurs dépendances. Cela se passait en 1690. Les religieux protestèrent contre la conduite de leur prieur qui, dans sa précipitation, avait poussé les choses à cette extrémité sans en avoir reçu l'autorisation du chapitre général de l'ordre. Ils parvinrent, mais seulement au bout de quelques années, à rentrer en possession de Roga, le 28 octobre 1694, à racheter à l'amiable les biens indûment vendus. À recouvrer, entre autres, la fondation de Mme de Beslée, par suite d'un accord avec les Augustins.
Le temporel du prieuré dut s'améliorer dans la suite, mais il ne semble pas que le monastère ne devint jamais bien riche, Dans les papiers, provenant de l'hôpital de Malestroit et déposés par nos soins aux Archives départementales, se trouve une pièce portant la mention suivante :
« Tous les contrats que nous avons en notre faveur, soit de constituts, soit de réméré, proviennent généralement jusqu'à ce jour, 31 mars 1733, de nos épargnes, et aumônes, et nullement d'aucune fondation.
Signé Frère Arsène, prieur. »
Nous verrons d'ailleurs plus tard, après son annexion en 1786 à l'hôpital de Malestroit, que la propriété de Roga rapporta jusqu'à la Révolution un revenu annuel de 400 livres. L'ordre des Camaldules avait été fondé vers l'an 1009 par un saint abbé : Romuald de Ravenne. Un seigneur du nom de Muldoli lui avait donné, pour y construire un monastère, une vallée de l'Apennin, près d'Arezzo, en Toscane. La terre garda le nom du donateur Campo Maldoli et l'ordre prit le nom de sa propriété : par abréviation Camaldoli. Romuald adopta, pour cette fondation, la règle de Saint-Benoît, mais il y ajouta de nouvelles observances et voulut que ses disciples fussent à la fois ermites et cénobites.
Chaque religieux avait à l'intérieur de l'enclos sa cellule séparée qu'entourait un jardinet dont il avait seul la disposition. Il y prenait ses repas qu'il recevait du dehors. Le temps qu'il y passât était partagé entre l'oraison et le travail manuel. Il devait en effet cultiver son jardinet et en plus fabriquer de menus objets. Dans le livre des dépenses de maison de la présidente de Cornulier pendant son séjour au château de Lézonnet en Loyat, à une lieue au nord de Ploërmel, en 1745, on lit : « Pour des chapelets de Camaldules, 5 sols. »
les Camaldules se réunissaient dans leur église pour assister en commun à l'office qu'ils psalmodiaient sans jamais le chanter. Ils devaient aussi se réunir pour le défrichement et la mise en culture des terres.
On se rappelle que le comte de Rieux leur avait donné cent journaux de terres incultes, assez piètre cadeau d'ailleurs, dont ils durent difficilement tirer parti car le schiste affleure en maint endroit.
Le ministère ne leur était pas interdit : ainsi en septembre 1699, le père Antoine, prieur de Roga, envoie le père Romuald Le Maistre, moine du même monastère, prêcher à Saint-Brieuc. Parmi les papiers du couvent se trouve le reçu suivant : « Je reconnais devoir au R. P. Arsène, prieur de Roga, 97 livres 19 sols, pour 20 mois de service de ma chapelle de la Morinais, acompte sur ce qu'il me doit pour les indemnités des fonds qu'ils possèdent sous mes fiefs de la Morinais et de la Provotais. » La Morinais, ce 15 avril 1748 De la Houssaye.
Hormis ces cas, il était défendu de sortir de l'enclos et de parler dans les lieux réguliers. Le silence est une règle, générale en Carême. Les dimanches et jours de fête, les vendredis et tous les autres jours d'abstinence. Il est encore défendu de parler en tout temps, depuis complies jusqu'à prime du lendemain.
D’après les rapports de Brienne lui-même, les Camaldules étaient réguliers, édifiants ; ils pratiquaient la plus austère pauvreté ; chacun d'eux fuyait avec une sincère humilité les places de supérieurs. Malheureusement ils comptaient des jansénistes parmi eux, et c'est là sans doute le secret de leur stérilité
Le visiteur peut, encore aujourd'hui, se représenter ce qu'était le petit monastère de Roga : des cellules sont toujours debout : on retrouve les fondations de celles qui ont disparu et de la chapelle, et l'on peut suivre aux ruines une partie des murs de l'enclos.
Celui-ci était entouré de murs au midi, à l'ouest et au nord et bordé à l'est par la rivière l'Oust.
Les constructions se groupaient, à l'intérieur, autour de l'église dont la grande porte d'entrée s'ouvrait dans la clôture ouest. Nous pouvons donner une description suffisamment précise de l'ensemble grâce au procès-verbal de mesurage et d'estimation dressé les 8, 9 et 10 juin 1791 par Jean-François-Noël Briend, expert-priseur, demeurant en la ville paroissiale de Peillac. Il instrumentait à la requête de Messieurs les administrateurs du district de Rochefort. Nous le complétons par quelques observations faites sur place.
L'église, en forme de croix latine à chevet arrondi, contenait en longueur soixante-dix-huit pieds et vingt-quatre pieds en largeur, avec deux chapelles en croix contenant en carré chacune vingt-quatre pieds.
Huit petites cellules, de chacune dix-huit pieds de longueur sur seize de largeur, étaient alignées sur deux rangs parallèles aux grands côtés de l'église et au sud de celle-ci. Des petits carreaux de terre, de quatre pouces de côté, en constituaient le dallage. Toutes avaient leur façade exposée au midi. Une petite ouverture, percée dans le pignon est, permettait à l'occupant de recevoir sa nourriture du dehors .Le buis, qui croit partout à l’état parasitaire, laisse supposer que le jardinet de chaque ermite était séparé du jardinet voisin par une haie de cet arbuste.
La chambre des hôtes On désigne ainsi une « maison couverte en ardoises, de trente pieds de longueur sur vingt-deux de largeur, ayant grenier au-dessus et cave au-dessous », située au nord-est du chevet de l'église. En 1791, elle est occupée par le fermier Pierre Cléry
Le four et la loge du four couverte en ardoises, contenant dix-huit pieds de long , touchant au nord le chevet de l'église, avec puits à côté
Enfin la loge du pressoir, située près de l'entrée entre la porte et le mur de clôture du côté opposé aux cellules, couverte en chaume, de trente-sept pieds de longueur sur dix-neuf pieds de largeur : Loge tombant en ruine sur un pressoir « en indigence de réparations.
Le reste de l'enclos, dont la superficie totale est de neuf journaux, dix cordes, soit 4 hectares, 43 ares, 65 centiares, est « partie en jardin, partie en verger planté de pommiers, partie en taille cerclière de châtaigniers dans laquelle taille sont les pins, hêtres et châtaigniers de futaie…
Le mur de clôture du côté ouest, c'est-à-dire du côté de la Gléhénaye, était, sur une longueur de quelques mètres, construit en retrait, formant ainsi une petite cour carrée ouverte à l'extérieur. Le portail de l'église en occupait le fond, on pouvait de la sorte, du dehors, accéder au sanctuaire sans entrer dans l'enclos. A gauche et à droite, c'est-à-dire dans les murs nord et sud de cette petite cour carrée extérieure, ouvraient deux grandes portes charretières donnant accès dans la clôture .
Un chemin partant de là reliait le couvent à l'ancienne route de Malestroit à Redon, aujourd'hui déclassée. Ce chemin passait par la Gléhenaye puis par les Ascensies qui appartenaient aux de Rieux .
Outre les 9 journaux 10 cordes de l'enclos, le procès-verbal de l'expert, dont nous ne possédons qu'une partie, donne la liste des jardins : prés, pâtures, bois, labours appartenant aux moines, soit une contenance totale, y compris l'enclos, de 73 journaux 7 cordes. Le journal correspond à une superficie de 48 ares 62 centiares, l'ensemble des biens prisés par l'expert occupait une superficie d'environ 6 hectares 36 ares 31 centiares.
Le monastère de Roga dura environ un siècle, comme du reste les autres maisons des Camaldules en France. Tous les monastères de l'ordre étaient condamnés à disparaitre en vertu des dispositions de l'édit de mars 1768, œuvre de la Commission des Réguliers que présidait le fameux archevêque de Toulouse, Loménie de Brienne. Un des articles de cet édit fixait à quinze ou à neuf religieux au moins la conventualité de chaque maison suivant certaines distinctions, supprimait par voie de conséquence celles qui n'auraient pas le nombre voulu et défendaient de recevoir des novices
L'Isle-Chauvet au diocèse de Luçon, paroisse de Bois-de-Céné ; 3 religieux dont 2 000 livres de revenus ;
Le Val Jésus, aujourd'hui Les Camaldules, au diocèse de Lyon, paroisse de Chamble ; 2 religieux et 650 livres de revenus ;
Saint-Gilles de Bessé, au diocèse du Mans, paroisse de Liesse-sur-Draye ; 3 religieux et 325 livres de revenus ;
La Flotte, au diocèse du Mans, paroisse de Lavenay ; 2 religieux et 450 livres de revenus ;
Grosbois au diocèse de Paris, paroisse de Boissy-Saint-Léger, résidence du supérieur de la Congrégation ; 7 religieux et 3 900 livres de revenus ;
Roga, au diocèse de Vannes, paroisse de Saint-Congard ; 1 religieux et 250 livres de revenus.
Les lettres patentes du 3 avril 1770, rédigées par les commissaires et signées par le Roi, défendaient aux Camaldules de recevoir des novices et permettaient aux évêques de disposer, de leurs biens .
Cependant, le dernier survivant des moines de Roga, Dom Jean Nobillon, y demeura jusqu'à sa mort, survenue accidentellement en 1780. Il fut inhumé dans l'église de Roga, le 28 octobre de cette année 1780, ayant été trouvé noyé dans la rivière d'Aoust, vis-à-vis de son enclos, à huit heures du matin, le jour précédent .
La disparition du monastère de Roga intéressait un certain nombre de personnes, outre le comte de Rieux, héritier du donateur. D'abord le recteur de Saint-Congard. En 1673, le recteur en exercice, tout en accordant l'autorisation aux moines de s'installer sur sa paroisse, a avait réservé ses droits rectoraux, stipulant, entre autres, que si les religieux venaient à quitter Roga et cessaient de faire le service divin, il rentrerait, lui ou ses successeurs, dans le droit de percevoir, comme au passé, le total des oblations de la chapelle de Saint-Sauveur.
Quelques années plus tard, en 1684, une transaction entre le recteur et les Camaldules déterminait la part du premier dans-ces oblations et l'indemnisait de son droit de dime dans l'enclos de la communauté ; les religieux s'engagèrent à lui payer 25 livres par an, outre 10 sous à la fabrique de Saint-Congard, le jour de la Sainte-Trinité.
D'un autre côté, les Augustins de Malestroit réclamaient la fondation de Mme de Beslée, faite aux Camaldules sous la condition que, s'ils quittaient Roga, ladite fondation serait transportée, avec ses charges, aux Augustins. Enfin, l'Hôpital de Malestroit pensait avoir, lui aussi quelques titres pour réclamer cet héritage.
Au mois de Mars 1773, le prévôt en charge, après avoir exposé aux administrateurs le mauvais état des affaires de la maison remontra que le prieuré de la Madeleine, autrefois aux Hospitaliers du Temple, serait très convenable pour y établir un nouvel Hôpital, ce qui ne ferait que lui rendre sa destination primitive, et que le Couvent des Camaldules de Saint-Sauveur de Roga serait très propre à augmenter les ressources dudit Hôpital.
Quelques démarches avaient été commencées en vue de celte double annexion ; le bureau décida qu'on s'adresserait à ce sujet à l’Evêque de Vannes et au marquis de Sérent, baron de Malestroit.
Cette première tentative 'semble n'avoir eu d'autre résultat que de soulever de vives réclamations, de la part de ceux qui jouissaient de quelque bénéfice sur les établissements en question et d'ouvrir la carrière aux procédures. Laissant de côté la poursuite du prieuré de la Madeleine, l'hôpital revint à la charge dix ans plus tard, en 1783 pour demander lu réunion du couvent de Roga devenu désert par suite de la mort du dernier moine.
Cette fois il est soutenu par M. Mabille, recteur de Saint-Gilles, et par le général de la paroisse. » Le recteur de Saint Congard qui reconnaît sans doute la légitimité de la revendication des Augustins sur la métairie de la Gléhénaye ne réclame que l'église et l'enclos de Roga.
Le général de la paroisse décide de consulter trois avocats militants au Parlement de Bretagne et pendant trois années, de 1783 à 17811, il fait opposition à ‘union du temporel de l'Hermitage de Roga à l'Hôpital de Malestroit.
Mais le 24 septembre 1786 il se décidera à abandonner l'instance et donnera ordre à son procureur de notifier son « désistement attendu que ledit général n'est pas en état de faire les avances d'une pareille instance dont la décision appartient d'ailleurs au Seigneur l'Evêque de Vannes qui sera très humblement supplié par ledit général de vouloir bien réunir l'église de Roga son circuit et dépendances en ce qui en relève du comté de Rieux à Peillac à ladite paroisse de Saint-Congard et de transférer le service paroissial.
Entre temps, les administrateurs de l'Hôpital de Malestroit qui se rendent bien compte que la donation faite par la dame de Beslée rend très forte.la position des Augustins, ont une- idée de génie : celle de supprimer purement et simplement ces compétiteurs.
A la séance du 3 juillet 1785 l’annexion de leur couvent est sollicitée en faveur de l'Hôpital de Malestroit. « Il existe, est-il dit à cette délibération du général. En Notre-Dame de cette ville, une communauté de religieux Augustins qui, loin d'être utiles au public, ne peuvent être qu'à charge par leurs quêtes continuelles. Leur maison serait fort propre à l'établissement d'un hôpital à cause de sa situation ; on pourrait y créer une manufacture de draps (car il y avait déjà des moulins) qui occuperait les pauvres et leur assurerait un revenu.
Les fabriques furent chargés de se concerter avec la communauté de la ville et les administrateurs de l'hôpital pour solliciter à cet égard l'agrément de M. le Marquis de Sérent, baron de Malestroit
Il paraît que ces démarches furent bientôt abandonnées comme l'avaient été celles qui concernaient le prieuré de la Madeleine
L'affaire, d'ailleurs, suivait son cours depuis 1783. L'Evêque avait fait dresser un état des revenus, tant de l'hôpital que de la maison des Camaldules, et l'instance, débattue à l'officialité de Vannes entre l'Hôpital, les Augustins de Malestroit, le seigneur de Rieux et le recteur de Saint-Congard, fut enfin close en 1786.
Et par sentence du 7 avril 1786, l'Officialité de Vannes réunit à l'Hôpital de Malestroit les biens délaissés par les Camaldules de Roga, en réservant toutefois, au profit des Augustins, un fonds de la valeur de 1.100 livres sur la métairie de la Gléhenaye.
En 1787, la sentence était confirmée au Parlement de Bretagne. L'Hôpital de Malestroit devait en tirer et en tira effectivement un revenu annuel de 400 livres.
Mais il ne devait pas en jouir bien longtemps.
Nous avons vu en effet, le. 8 juin 1791, l'expert envoyé par les administrateurs du district de Rochefort faire l'estimation des biens des Camaldules. C'est que le district de Roche-des-Trois avait contesté la propriété de Roga, situé sur son territoire, et obtenu en sa faveur une ordonnance du département.
Il s'en empara, malgré la résistance des possesseurs légitimes, et Roga avec ses dépendances fut vendu nationalement pour la somme de 1100 Iivres .
Il est vraiment extraordinaire que ce monastère de Roga perdu au milieu des landes monastère pauvre, deux fois abandonné, ait laissé dans le pays l'impression d'une splendeur qu'il n'a jamais connue. Que vous interrogiez les desservants des paroisses voisines ou leurs ouailles, tout ce qui, chez eux, leur semble beau, tout ce qui leur parait de quelque valeur, vient incontestablement' de Roga.
Reg, des délibérations de Malestroit, cité Rosenzweig, op.cit., p.38,
En 1801, l'Empereur accorde à l'Hôpital de Malestroit divers revenus représentant une rente annuelle de 400 francs pour l'indemniser de la perte des biens du prieuré des Camaldules de Roga.
Cette tradition est si ancrée que de temps en temps, la nuit, de mystérieux chercheurs de trésors interrogent le sol autour de l'enclos dévasté. Dans la nuit du 17 au 18 septembre 1910, la fontaine ferrugineuse de Roga eut son cours détourné ; les pierres furent renversées et un trou profond témoignait de l'importance du travail nocturne. Le lendemain devant l'excavation béante, les voisins déclaraient avec conviction : « Ils ont emporté les vases sacrés, le trésor des moines : ils avaient les titres ! »
En 1787, le prévôt de l'hôpital de Malestroit avait fait vendre tout le mobilier du couvent, y compris la bibliothèque, qui fut adjugée 200 livres au curé de Malestroit. C'est alors aussi sans doute que sortirent de Roga les tableaux du peintre vannetais Jean-Vincent Lhermitais qui allèrent orner l'église du Roc-Saint-André : , Saint Benoit avec une coule noire, la figure rasée ; Saint Romuald , avec une longue barbe grise tombant sur la robe blanche . Ces tableaux avaient été exécutés en 1744.
Le merveilleux ornement de drap d'argent orné de broderies au passé, en soie et or, d'un dessin et d'un coloris inimitables, que possède l'église de Ruffiac, ne provient pas de Roga ainsi que nous l'avons entendu affirmer.
Nous avons retrouvé la délibération du 7 décembre 1751 par laquelle les membres du Conseil de fabrique de Ruffiac prient leur général de remercier de ce don le marquis de la Bourdonnaye, conseiller d'État, seigneur du Prieuré (28).
En fait, le seul trésor de la communauté était l'église de Saint-Sauveur, fort belle en 1674, si l'on en croit l'attestation des Camaldules eux-mêmes.
Vendue nationalement, le nouvel acquéreur la fit démolir dans la suite pour en revendre les matériaux
L'abbé Nays, curé de Ruffiac de 1816 à 1833, acheta les pierres de l'édifice pour la somme de 150 francs. Il avait le dessein de les utiliser pour la construction d'une église neuve. Ces pierres furent entassées en grande partie au dehors, le long du mur nord de l'église de Ruffiac. Le portail, très ouvragé (gothique flamboyant), fut déposé dans un verger, à la porte du presbytère. Le recteur en avait fait don à la fabrique. Mais ces matériaux ne furent utilisés que ces dernières années, au cours d'une restauration de l'église paroissiale : on voit dans les nouveaux murs des moellons en poudingue de Coëtleu.
Nous avons encore entendu affirmer que la chaire de l'église de Malestroit, la croix du cimetière de Saint-Congard, le bénitier octogone déposé dans la cour du presbytère de Saint-Laurent provenaient également de Roga. D'aucuns précisent que la chaire de Malestroit, belle œuvre d'art du XVIII siècle à sujets profanes, d'abord acquise par les Augustins, serait passée ensuite de leur couvent à l'église Saint-Gilles
En tout cas l'église paroissiale de Saint-Congard possède les reliques de saint Cassien, autrefois octroyées aux Camaldules. Le 22 mai 1693, une riche Romaine, Constance-Félicie Parician, avait fait don à la Collégiale de Rochefort, des restes de saint Cassien, martyr, et d’une fiole de son sang.
Et le 9 décembre 1694, les R.R. P.P. Camaldules Antoine et Boniface avaient reçu, dans une boîte de bois rouge, un os du coude, rond par un bout, diminué par l’autre, une chevillière du pied et une petite fiole de sang desséché, Mgr François d'Argouges étant évêque de Vannes.
source =Louis MARSILLE
Les Photos: de Saint Benoit,-Saint Romuald, le Four et le puits sont de Mme Raymonde TOUGUAY