










Vers 1955, un paysan de Ruffiac (1), après avoir enlevé une grosse pierre qui le gênait dans son travail, découvrit un pot de terre qui contenait environ 160 monnaies, dont 153 furent achetées par un collectionneur breton.
Dix ans plus tard, sur le conseil de M. Chastagnol, alors professeur à la faculté des Lettres de Rennes, ce collectionneur envoyait pour étude au Cabinet des Médailles de la Bibliothèque nationale les monnaies qu’il avait acquises.
Jean II (1350-1364) :
8 blancs à l’épi
1 blanc au Châtel Trifolié
3 blancs aux petits quadrilobes
2 gros à la queue
1 blanc au Châtel-Fleurdelisé
1 double tournois,
6 type 2 derniers tournois, 3 type
26 doubles parisis imités de Philippe VI
1 blanc au Châtel-Fleurdelisé
1 gros à la fleur de lis florencée
15 doubles parisis (2ᵉ type de Jean le Bon)
1 double tournois, (1ᵉʳ type de Jean le Bon)
2 doubles tournois, (2ᵉ type de Jean le Bon)
13 doubles tournois, (4ᵉ type de Jean le Bon)
14 doubles tournois (7ᵉ type de Jean le Bon)
2 doubles tournois (8ᵉ type de Jean le Bon)
6 deniers tournois (2ᵉ type de Jean le Bon)
13 deniers tournois (3ᵉ type de Jean le Bon)
2 doubles parisis imités de Philippe VI
7 doubles tournois (4ᵉ type de Jean le Bon)
1 double tournois (6ᵉ type de Jean le Bon)
12 doubles tournois (7ᵉ type de Jean le Bon)
3 doubles tournois (8ᵉ type de Jean le Bon)
1 denier tournois (3ᵉ type de Jean le Bon)
Sans nom de duc (1360) : 1 double parisis (2ᵉ type de Jean le Bon)
1 double parisis imité de Philippe VI
1 double parisis (2ᵉ type de Jean le Bon)
4 doubles tournois (4ᵉ type de Jean le Bon)
3 double tournois (7ᵉ type de Jean le Bon)
1 double tournois (8ᵉ type de Jean le Bon)
2 deniers tournois (2ᵉ type de Jean le Bon)
Indéterminée : Jean, comte de ? : 1 double tournois (1359)
Les monnaies royales sont peu nombreuses : 18 sur 153, soit 11,76 %, et moins récentes que les bretonnes. Les plus anciennes des pièces de billon blanc appartiennent à l’émission du 22 janvier 1352 (blanc à l’épi, 1ʳᵉ émission),
les plus récentes à celle du 13 septembre 1356 (blanc au châtel fleurdelisé, 4ᵉ émission), qui se poursuivit théoriquement jusqu’au 22 novembre de la même année. Les monnaies noires sont un double tournois à la fleur de lis, deuxième émission (7 février-6 mai 1358) et deux deniers tournois au châtel fleurdelisé (L.353).
L’un de ces deux derniers tournois est de la première émission, ordonnée les 30 décembre 1355 et 16 janvier 1356, qui se continua en principe jusqu’au 25 mars 1357. L’autre appartient à une des cinq émissions qui se succédèrent du 26 mars 1357 (2ᵉ émission) au 29 août 1360 (fin de la 6ᵉ émission, ordonnée le 25 avril) et pour lesquelles J. Lafaurie indique : « différent inconnu ».
Notre exemplaire a comme différent deux besants qui cantonnent la croix latine aux cantons 1 et 2. La seconde émission (L. 334 a : 7 mai 1358) du double tournois à la fleur de lis a également la croix latine cantonnée de deux besants aux cantons supérieurs. Je pense donc que ce dernier tournois appartient à la deuxième émission (L.353 b), ordonnée le 26 mars 1357 et qui dura jusqu’au 21 août 1358. La troisième émission avait peut-être une croix cantonnée de quatre besants (3).
La faible proportion de monnaies royales ne doit pas amener à conclure que ces monnaies circulaient peu en Bretagne. N’oublions pas que la plupart de ces pièces étaient refondues par l’un et l’autre prétendant au duché de Bretagne, leur fournissant le métal pour battre des monnaies bretonnes du même type, mais d’un aloi beaucoup moins bon.
Si les monnaies de Jean le Bon les plus récentes sont de 1356 pour les gros et blancs et de 1358 pour les monnaies noires, nous trouvons dans le trésor de Ruffiac des gros et des doubles bretons postérieurs, tant au nom de Charles de Blois qu’à celui de Jean IV : gros à la fleur de lis florencée aux différents de la 4ᵉ émission royale (ordonnée le 5 août 1358), des doubles tournois au 7ᵉ type de Jean le Bon (22 août-19 octobre 1358) et au 8ᵉ (28 janvier-21 février 1359), doubles parisis au 2ᵉ type (31 décembre 1359-21 février 1360). Bien que J. Lafaurie ait jugé ce double parisis « de classement incertain », le contexte permet de considérer comme vraisemblable la datation qu’il en donne, car le trésor, caché dans une région soumise à Charles de Blois, ne contenait pas d’imitations de ce double au nom de Jean IV, alors que ses contrefaçons immédiatement antérieures y étaient représentées.
Il est intéressant aussi de comparer la proportion respective des pièces de Charles de Blois et de Jean IV. Si l’on ne tient pas compte des 12 exemplaires illisibles, il nous reste 122 monnaies bretonnes, dont 94 portent le nom de Charles de Blois, 27 seulement celui de Jean IV, la dernière étant anonyme
De l’un comme de l’autre, on trouvera, dans le catalogue du Trésor, de nombreuses variétés par rapport aux types de Bigot, qui n’a pas connu tous les différents d’émission ni, parfois, tous les ateliers monétaires (nᵒ 138 du catalogue, frappé à Brest).
J’ai découvert aussi quelques pièces inédites : un double tournois qui imite le droit du double tournois au 8ᵉ type de Jean le Bon, mais avec un revers différent (nᵒ 91) ; un double parisis de Jean IV, qui n’était jusqu’à présent connu que pour Charles de Blois (nos 113-114). Enfin, un dernier tournoi de Jean IV (nᵒ 139) n’avait pas été revu depuis Duby, dont Bigot et Poey d’Avant avaient dû se contenter de reproduire le dessin.
L’abondance des monnaies de Charles de Blois n’a rien de surprenant, car Ruffiac se trouve dans une région qui le reconnaissait comme duc de Bretagne, tout près de Malestroit qui était une de ses meilleures places fortes.
Il ne fallait que quelques semaines aux monnayeurs bretons, et à ceux des autres grands fiefs, pour contrefaire les nouvelles monnaies royales. Un excellent exemple nous en est donné par le trésor découvert vers 1868 à Montpellier ou aux environs (4).
Ce trésor est daté par des doubles tournois du 1ᵉʳᵉ type de Philippe VI (L.274), appartenant à la 3ᵉ émission qui fut ordonnée le 29 janvier 1340 et que remplaça la 4ᵉ émission le 6 avril suivant. Or les contrefaçons féodales de ce double que contenait la même trouvaille imitent toutes cette brève 3ᵉ émission : elles sont de Henri IV, comte de Bar (1337-1344), d’Aymon, comte de Savoie (1329-1343), de Louis II, baron de Vaud (1302-1350) et de Jean III, duc de Bretagne (1312-1341). Un autre trésor, celui de Riec-sur-Bellon (Finistère) (5) se terminait également par des doubles tournois de la 3ᵉ émission, de Philippe VI et de Jean III de Bretagne.
Il paraît donc vraisemblable que les monnaies les plus récentes du trésor de Ruffiac, qui sont les contrefaçons des doubles parisis du 31 décembre 1359, ont été ordonnées par Charles de Blois vers février-mars 1360 au plus tard.
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