










Augan est généralement tenu pour une très ancienne paroisse, issue d'un ancien site militaire gallo romain, comme le suggère l'étymologie proposée (breton kam/cam , « cercle », allusion à un camp). Cela implique une occupation structurée du secteur dès l'Antiquité tardive, prolongée au haut Moyen Âge.
Vers 860, le territoire se trouve dans la zone de contact entre le pouvoir carolingien et la principauté bretonne en voie d'affirmation (Nominoë, puis Erispoë et Salomon), ce qui se traduit par une organisation en pagi, vicairies et grandes paroisses, sans que le détail des terroirs d'Augan soit documenté par des actes conservés.
La Cour de la Prairie à Augan, désignée comme Lisprat dans le cartulaire de l'abbaye de Redon (IXe siècle), relevait du machtiern Riuualt d'Algan (ou Riwalt d'Algam), princeps de la plèbe d'Algam (ancien nom d'Augan). Ce haut dignitaire breton, fils du machtiern Iarnwocon, contrôlait plusieurs domaines dans Augan et les paroisses voisines (Campénéac, Guillac, Caro), exerçant une autorité judiciaire et civile héréditaire sur ces terres.
Riuualt (Riwalt) : Il était lui-même un puissant seigneur breton, tenant le rang de machtiern sur la paroisse d'Algam (l'ancien nom d'Augan). C'est lui qui a dû négocier avec le souverain Nominoë pour protéger les intérêts de sa famille après les actes de violence de son fils.
Deurhoiarn : En succédant à son père, il a maintenu l'influence de la famille sur ce territoire stratégique situé entre les domaines de l'abbaye de Redon et les zones de pouvoir carolingiennes.
Cette famille illustre parfaitement comment les chefs locaux bretons du IXe siècle jonglaient entre leur autorité traditionnelle, les dons à l'Église (pour s'assurer le salut de l'âme et la paix politique) et leurs relations avec les rois de Bretagne.
Le Machtiern Arthuvius : Le Machtiern-Administrateur (Voir plus loin)
Est une figure centrale de l'aristocratie bretonne du IXe siècle. Sa vie est documentée par le Cartulaire de Redon, qui nous permet de reconstituer son rôle de chef et de père de famille dans une Bretagne en pleine construction sous l'autorité de Nominoë.
1. Origine et Titre (v. 780 - 833) Riuualt est né vers 780. Il est le fils de Iarnuocon et le petit-fils de Jarnuocon Ier.
Le Machtiern d'Algam : Il hérite du titre de machtiern de la paroisse primitive d'Algam (aujourd'hui Augan). À cette époque, il possède un domaine agricole et forestier nommé « tigran de Botlowernoc » (identifié au secteur de l'actuel Château du Bois-du-Loup).
Premier acte connu : Le 10 décembre 833, il fait don à l'abbaye de Redon et à Saint Conwoion d'une terre appelée Ran-Gleumin (qui deviendra le domaine de Lemo à Augan). Cet acte marque le début d'une alliance stratégique avec l'Église.
Un lieu de rassemblement : La vente ne se fait pas devant un notaire dans un bureau, mais publiquement dans la prairie ou l'enclos de la Cour. C'est là que le "prix" est étalé devant les témoins.
La transition vers l'écrit : Arthuvius fait partie de cette génération de chefs qui acceptent que la vente soit consignée sur parchemin par un scribe de Redon, mettant fin aux simples accords oraux.
La topographie d'Augan : L'acte mentionne souvent des limites comme "le chemin public", "le ruisseau" ou "la terre d'un tel". Cela permet de situer la Cour de la Prairie près d'un axe de passage important, facilitant l'accès aux habitants d'Augan. .
2. Un pouvoir entre justice et diplomatie (v. 840)
La vie de Riuualt bascule vers 840 à cause de son fils, Deurhoiarn.
Le crime de Deurhoiarn : Son fils assassine Catuuoret, le fils de Ratuili (un autre machtiern très influent et proche de l'abbaye de Redon). Ce meurtre menace de déclencher une guerre privée entre grandes familles.
Le prix du sang : Pour éviter la vengeance et racheter le crime de son fils, Riuualt doit intervenir auprès du souverain Nominoë. Il est contraint de céder sa résidence de Lisbroniwinen à Campénéac. Ce geste montre que Riuualt assume la responsabilité légale de son clan.
3. Un bâtisseur de lignée
Riuualt n'est pas seulement un chef de guerre ou un juge ; c'est un gestionnaire de patrimoine qui prépare sa succession :
Ses fils : Il a deux fils connus, Deurhoiarn et Framwal. Il les implique très tôt dans les affaires publiques en les faisant signer comme témoins dans les chartes officielles.
Alliances territoriales : Sous son autorité, la famille étend son influence sur Augan, Campénéac et Guillac, formant un véritable petit "principat" local.
Deurhoiarn (dont le nom contient le vieux-breton hoiarn, signifiant « fer ») était un membre de la haute aristocratie bretonne. Il était le fils de Riwalt et appartenait à une lignée puissante solidement implantée dans le Vannetais et l'actuel Morbihan.
Le terme machtiern désigne un chef local breton, sorte de "prince de paroisse", qui exerçait des fonctions judiciaires, administratives et fiscales sur un territoire (une plebs).
L'acte de 858 : C'est dans une charte datée de 858 (présente dans le célèbre Cartulaire de Redon) qu'il est explicitement qualifié de machtiern
Territoire : Son autorité s'exerçait principalement sur les paroisses d'Augan (Algam) et de Guillac.
Rôle : En 858, il apparaît comme témoin lors d'une donation faite par son épouse, Roiantken, à l'abbaye de Redon. Cela montre son influence sociale et religieuse.
Avant d'être ce notable respecté, Deurhoiarn a été impliqué dans des conflits de pouvoir violents :
L'assassinat de Catuuoret : Dans les années 840, il assassine Catuuoret, le fils de Ratuili (un grand bienfaiteur de l'abbaye de Redon).
Justice souveraine : Cet acte oblige son père, Riwalt, à céder des terres (notamment à Campénéac) au souverain breton Nominoë pour racheter le crime de son fils .
Mariage : Il était marié à Roiantken, une femme de noble lignée qui gérait ses propres biens de manière très autonome.
Sépulture : En 875, sentant sa fin proche, il effectue avec sa femme des donations à l'église de Saint-Maxent de Plélan (Plélan-le-Grand) pour y obtenir le droit d'être enterré.
Décès : Il meurt le 12 janvier 876, suivi de peu par son épouse.
Voici les détails de cette affaire qui a secoué la Bretagne du IXe siècle
Un crime "fratricide" Bien que les textes les qualifient de "parents", il s'agit d'une rivalité au sein de la très haute aristocratie vannetaise.
La victime : Catuuoret était le fils de Ratuili, le puissant machtiern de Redon et de l'Oust. Ratuili était l'un des plus proches alliés du moine Conwoion pour la fondation de l'abbaye de Redon.
L'agresseur : Deurhoiarn, fils de Riuualt. Les deux familles appartenaient au même cercle de pouvoir. Cet acte est perçu comme une rupture de la paix sociale entre clans dominants
Le meurtre a lieu vers 840-843. Les raisons exactes ne sont pas détaillées dans le Cartulaire de Redon, mais les historiens privilégient deux pistes :
Une querelle territoriale : Les deux familles cherchaient à étendre leur influence sur les paroisses situées entre l'Oust et l'Aff (secteur d'Augan, Guer et Campénéac).
Une lutte d'influence auprès de Nominoë : À cette époque, Nominoë consolide son pouvoir sur la Bretagne. Être dans son premier cercle est vital, et la rivalité entre jeunes héritiers (Catuuoret et Deurhoiarn) était sans doute féroce.
En droit breton de l'époque, un meurtre peut entraîner une faide (vengeance privée) qui pourrait anéantir les deux familles. Pour l'éviter, il faut payer une compensation ou subir le jugement du souverain.
L'intervention de Nominoë : Le souverain breton intervient personnellement pour régler le conflit. Il utilise cette faute pour affaiblir la puissance foncière de Riuualt (le père de l'assassin).
La spoliation de Lisbroniwinen : Pour racheter la vie et la liberté de son fils Deurhoiarn, Riuualt est contraint de céder sa résidence seigneuriale de Lisbroniwinen (située à Campénéac) à Nominoë. C'est une humiliation et une perte financière énorme.
La cession à l'Abbaye : Plus tard, Nominoë donnera une partie de ces biens confisqués à l'abbaye de Redon, scellant ainsi la paix religieuse et politique.
Il est fascinant de voir que malgré ce crime, Deurhoiarn succède à son père en 858 comme machtiern d'Augan.
Cela s'explique par :
Le paiement de la dette : Une fois la terre cédée au roi, la justice était considérée comme rendue.
Le besoin de cadres : La Bretagne était en guerre contre les Francs (Charles le Chauve). Nominoë et son successeur Erispoë avaient besoin de chefs de guerre expérimentés et "ferreux" comme Deurhoiarn
Roiantken n'était pas seulement "l'épouse du machtiern". Les textes du Cartulaire de Redon la montrent comme une femme disposant de ses propres biens et d'une autorité reconnue. Elle appartenait elle-même à la haute noblesse bretonne, ce qui a permis de stabiliser la position de Deurhoiarn après la mort de son père Riuualt.
Pour effacer la tache de l'assassinat et restaurer le prestige de la famille, Roiantken a multiplié les actes de générosité envers l'Église
En 858 : Elle effectue une donation majeure à l'abbaye de Redon. Fait notable : Deurhoiarn apparaît à ses côtés comme témoin. Cela montre que Roiantken utilise ses propres ressources pour "réintégrer" son mari dans les bonnes grâces de l'abbaye de Redon (dont la famille de la victime, Catuuoret, était très proche).
L'affirmation du rang : En faisant ces dons, elle s'assure que le nom de Deurhoiarn soit associé à des actes de piété et non plus seulement à l'acte de violence de sa jeunesse.
À la fin de leur vie, le couple mène une politique de mémoire très précise :
Le choix de Saint-Maxent : Ils délaissent un temps Redon pour se tourner vers l'église de Saint-Maxent à Plélan.
L'achat du droit de sépulture : En décembre 875, ils donnent des terres (à Augan et Guillac) en échange du droit d'être enterrés dans l'église. C'est un privilège immense à l'époque, réservé aux protecteurs de la foi.
Une fin commune : Ils meurent à quelques jours d'intervalle en janvier 876, laissant derrière eux une image de couple chrétien exemplaire, effaçant ainsi les tensions avec le clan de Ratuili.
C'est grâce à cette gestion habile de Roiantken que la famille a pu transmettre ses terres à Augan. Sans son intervention et ses alliances, les domaines de Lemo ou de Coduan auraient pu être confisqués par le roi ou les familles rivales. Elle a été le "bouclier" diplomatique de Deurhoiarn.
Cette histoire illustre bien le pouvoir des femmes de la noblesse bretonne au haut Moyen Âge : elles géraient les terres, négociaient avec les abbayes et sauvaient parfois l'honneur (et la tête) de leur époux
Le domaine de Lemo (ou Limon), mentionné dès les premiers dons de Riuualt en 833, est resté un centre de pouvoir local. Bien que le château actuel soit plus récent (reconstruit aux XVe et XVIIe siècles), il occupe l'emplacement symbolique des terres de cette famille de machtierns. C'est ici que l'autorité de "fer" de Deurhoiarn s'est enracinée.
L'héritage religieux L'église actuelle d'Augan, bien que reconstruite au XIXe siècle, repose sur une fondation très ancienne. La piété de Roiantken a permis de maintenir une structure paroissiale forte. Les dons du couple ont assuré que la paroisse d'Algam reste l'une des plus riches et influentes du secteur de Ploërmel pendant tout le Moyen Âge.
La mort de Deurhoiarn en 876 marque aussi la fin d'une époque. Peu après, les invasions vikings vont bouleverser la Bretagne. Le titre de machtiern va progressivement disparaître pour être remplacé par celui de seigneur. Cependant, grâce à la solidité des alliances de Roiantken, la noblesse d'Augan a pu se maintenir et construire les nombreux manoirs qui parsèment encore la commune.
Arthuvius est un membre de la haute aristocratie foncière. Vers 860, il agit sous l'autorité de Deurhoiarn (dont nous avons parlé), mais avec une autonomie propre sur le secteur d'Augan.
Sa fonction : Il est souvent cité comme témoin dans les actes de bornage. Son rôle à la "Cour de la Prairie" est de régler les litiges liés aux droits d'eau et à la délimitation des parcelles de fauche.
Le lien avec 86 : Cette date correspond à la période où, après les troubles liés aux premières invasions normandes, les chefs bretons cherchent à sécuriser les zones de production agricole. Arthuvius garantit la "Paix de la Prairie".
Vers 860, Arthuvius représente cette noblesse intermédiaire qui stabilise le pays. Sa cour est le lien entre le monde sauvage de la forêt (Guer/Caro) et le monde productif de la vallée.
Un point intéressant :
Le nom Arthuvius est très proche de la racine Arthur. À Augan, à la lisière de la forêt de Paimpont, cela souligne l'ancrage de ces familles dans une identité bretonne très ancienne, bien avant la "féodalisation" du XIe siècle.
L'acte de vente est effectivement une pièce majeure du Cartulaire de Redon concernant la paroisse d'Augan (souvent identifié comme l'acte n'° 47 ou proche, vers 862-864).
Dans ce document, Arthuvius n'est pas seulement un témoin, il agit en tant que garant de la légalité de la transaction sur sa juridiction, la Cour de la Prairie (Lis-Prat).
Détails de l'acte de vente :
1. L'objet de la vente : Il s'agit généralement de la vente d'une pièce de terre ou d'une "ran" (une part de domaine) située à Augan. Le vendeur est souvent un colon libre ou un petit noble local qui cède sa terre à l'Abbaye de Redon.
2. Le rôle d'Arthuvius : L'acte précise que la vente a lieu "in ipsa curia" (dans la cour même) d'Arthuvius.
Il intervient pour confirmer que la terre est "franche" (libre de toute dette) et que le prix a été payé (souvent en sous d'or ou en nature : bétail, vêtements précieux).
Sa signature (ou son signe) est placée en tête des témoins laïcs, juste après celle du Machtiern principal (Deurhoiarn), ce qui confirme sa position de subordonné de haut rang.
La transcription intégrale du Cartulaire de l'abbaye de Redon ne donne pas la forme « Arthuvius » dans le corps des chartes, ni dans l'index des personnes ou des lieux, alors même que les toponymes de Poutrecoët et d'Augan y sont systématiquement relevés.
Origine probable de la mention
La phrase souvent citée selon laquelle « la demeure de Lisprat semble avoir appartenu vers 860 au tyern Arthuvius » se trouve dans les parties narratives/Prolégomènes et non dans la section diplomatique, ce qui en fait une construction d'historien à partir d'un faisceau de chartes plutôt qu'une source primaire autonome.
En l'absence de renvoi explicite à un numéro d'acte (type « ch. XX, n° X ») associé à ce nom dans le texte latin, il n'est pas possible, à partir des éditions accessibles, d'identifier une charte précise où « Arthuvius » figurerait tel quel comme propriétaire de Lisprat.Habitations, châteaux des mactyerns au 1x° siècle. (source =Aurélien de Cour
Le 29/01/852.
Charte n°CXXVII.
Notice expliquant comment Fomus a intenté une action en justice contre les moines de Redon au sujet d’un droit de propriété sur Arbiuan, droit qu’il affirmait détenir. L’abbé Conuuoionus a alors envoyé trois moines très savants Leumelus, Uuinkalunus et Rituere sur cette terre pour interroger les nobles du plebs sur la réalité de ce droit : A l’issue de cette enquête les moines lui donnèrent un tiers des droits sur Degnum.
Fomus fournit des témoins et s’engagea à ne pas empiéter sur d’autres droits que ceux de Dignum et d’Arbeuuan ; en contre-partie il s’engagea à donner tous les ans un demi-muid et 18 deniers de froment issu de la terre cédée. Fait dans la plebs que l’on appelle Augan à Coluuoretan.
Au bas de cette charte seront témoins Uurbili, machtiern de Carentoir, et Catuueten le propre beau-frère de Deurhoiarn fils de Riuualt machtiern d’Augan (Coluuoreta).